
Tokyo - 28 septembre 2009
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Le 30 août dernier, le Parti Démocrate du Japon
(PDJ) gagnait les élections et la majorité à la chambre basse de la Diète. Ces
résultats ont été qualifiés d’historiques par tous les observateurs. Notre
conférence du 28 septembre dernier sur les changements politiques au Japon
réunissait Christophe Penot, Ministre-conseiller à l’Ambassade de France au
Japon, Jules Irrmann, Conseiller à l’Ambassade de France au Japon, Chef du
Service de Communication et d’Information, et Philippe Mesmer, journaliste-correspondant
du Monde et de l’Express à Tokyo, pour présenter le système politique au Japon,
analyser les résultats de ces élections, et évoquer les projets et la marge de
manœuvre du nouveau gouvernement.
Les élections législatives d’août 2009 marquent-elles un tournant dans l’histoire du Japon ?
Pour répondre à cette question, Christophe
Penot nous a rappelé trois faits essentiels :
- le Japon,
démocratie parlementaire, fonctionne sur un mode de parti unique, avec au
pouvoir pendant plus de 50 ans le Parti Liberal Démocrate (PLD). Avec le
résultat des élections législatives, le PDJ accède au pouvoir pour la première
fois et marque l’alternance.
- Une première
tentative d’alternance avait émergé en 1993 alors que le PLD avait été affaibli
par une scission et qu’il s’est trouvé pour la première fois minoritaire,
cédant le pouvoir à une coalition composée en grande partie de formations néo-conservatrices
issues de ses propres rangs, mais qui échouât 11 mois après. Le PDJ fut créé à la suite de cet
évènement, en deux temps, en 1996 et en 1998.
- Au cours des
dernières années et après tant d’années au pouvoir, le PLD est apparu coupé des
japonais et a été éclaboussé par de nombreux scandales. Il perd ainsi la
majorité au Sénat en 2007, ce qui paralyse l’exercice du pouvoir pour le
gouvernement conservateur. A la veille de l’élection législative de 2009, le PDJ
gagne en dynamisme et incarne le changement souhaité par les électeurs.
Jules Irrmann a ensuite expliqué pourquoi on
pouvait qualifier ces résultats d’historiques. Outre une alternance politique
inhabituelle dans un pays où un parti unique a exercé le pouvoir pendant plus
de 50 ans, l’analyse des résultats révèle d’autres changements significatifs.
- C’est la
première fois dans l’histoire qu’un parti obtient 308 sièges à la Chambre
basse.
- Le taux de
renouvellement de la classe politique est sans équivalent. 46% des députés PDJ
élus ont un mandat national pour la première fois. Seuls 10% d’entre eux sont
des « héritiers » politiques. La moyenne d’âge de l’hémicycle est
désormais de 52 ans et 14,2% des députés sont des femmes (contre 18,5% en
France).
- En face, au
PLD, beaucoup de « grands barons » de la politique ont perdu leur
siège.
Jules Irrmann a ensuite présenté la formation du
gouvernement de la nouvelle majorité, après 15 jours de transition, qui
démontre un savant équilibre entre les milieux syndicalistes, forts dans l’appareil
électoral du parti, les experts mais aussi les représentants des différentes
sensibilités politiques à l’intérieur du parti. L’un des objectifs premiers et
affichés du gouvernement et de son chef d’orchestre, Yukio Hatoyama, est de
reprendre le pouvoir aux fonctionnaires qui ont vu leurs poids s’imposer dans
les ministères par suite de leur technicité face aux politiques du PLD.
Christophe Penot et Jules Irrmann sont revenus sur
les projets de la nouvelle majorité, sur la base des annonces qui ont pu être
faites jusqu’à ce jour. Sur le plan de la politique étrangère, on note un souci
de rééquilibrage de la relation avec les Etats-Unis, même s’il n’y a pas de
remise en compte de l’alliance nippo-américaine. Deuxième axe fort, le retour
de l’Asie dans la diplomatie avec de nombreuses rencontres déjà prévues avec la
Chine et la Corée pour redonner au Japon un rôle clef dans la construction
régionale. Enfin, les prises de position du Japon en matière d’environnement
marquent un tournant dans le positionnement japonais sur la scène internationale.
Sur un plan intérieur, l’objectif de la politique
économique semble de privilégier la demande domestique sur les exportations
avec la mise en œuvre d’un programme social dense, avec notamment à terme la
gratuité du système éducatif, le renforcement du système de santé et la mise à
jour de l’attribution à des dizaines de millions de cotisants de leurs
versements pour la retraite restés non enregistrés. Cette relance du pouvoir
d’achat des japonais a pour objectif de renforcer la demande intérieure mais elle
ne sera plus portée par le domaine public et les grands travaux comme cela fut
le cas dans le passé.
Pour finir, nos intervenants ont rappelé que des élections
sénatoriales auront lieu en 2010 et que le gouvernement ne dispose que d’une
courte durée pour mettre en œuvre ses promesses s’il ne souhaite pas perdre la
majorité à la chambre haute dès l’année prochaine.
La présentation a duré une heure et a été modérée
par Philippe Mesmer, qui a ensuite alterné les questions reçues par internet et
les questions de la salle. Plus d’une centaine de personnes sont venues assister
à la conférence qui se déroulait dans l’amphithéâtre de l’Institut Franco-japonais
de Tokyo. La conférence a duré, avec les questions-réponses, plus d’une heure
trente.
L’UFE Japon souhaite remercier chaleureusement
l’Institut
Franco-japonais de Tokyo pour son accueil mais aussi nos trois intervenants
pour cet exposé passionnant et détaillé et leur donner rendez-vous dans 1 ans
pour faire un premier bilan : « le changement politique au Japon :
1 an après ».
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